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Des répliques de grande amplitude à redouter après le séisme en Asie du sud
[27/12 - 18h44]


Un pont détruit au sud de Madras, le 27 décembre 2004
 

Des répliques de grande amplitude sont à redouter à la suite du séisme de magnitude 9 qui a frappé dimanche l'Asie du sud, le plus violent jamais enregistré dans cette région, et du raz-de-marée qu'il a suscité, préviennent les experts.L'événement

"Le choc principal est le plus gros de tous et dans ce cas, on peut s'attendre à des réplique de l'ordre de 7,5, ce qui dans la plupart des régions du monde représente en soi une catastrophe", a indiqué à l'AFP Paul Taponnier, directeur du laboratoire de tectonique à l'Institut de physique du globe, à Paris.

Des séismes de cette amplitude ont déjà frappé la région méditerranéenne ces cinq dernières années (magnitude de 7,6 en Turquie, de 7 en Algérie), rappelle ce scientifique.

Les répliques qui ont déja commencé à survenir en Asie du sud vont se poursuivre de façon imprévisible dans les heures, jours et semaines à venir: "ce sont des mécanismes très complexes que nous commençons à peine à connaître", avoue M. Taponnier.

Le séisme de dimanche a été particulièrement dévastateur car l'épicentre, près de l'île indonésienne de Sumatra, était très voisin de la côte sud de l'Inde et du Sri Lanka. Les effets ont été moins violents en Tanzanie et en Somalie plus lointaines, l'amplitude de l'onde sismique y étant plus faible.

Le grand tremblement de terre de Lisbonne (1755) avait déjà été suivi d'un tsumani, ou raz-de-marée, qui avait traversé l'Atlantique jusqu'aux Antilles, rappelle le scientifique.

Cette fois-ci, l'interface entre la plaque Inde/Australie et la plaque asiatique, une grande faille inversée, a glissé brutalement, "en 1 minute 30 maximum, d'une dizaine de mètres" selon Paul Taponnier.

Un événement d'une rare ampleur, à rapprocher d'un séisme de 8,5 survenu en 1861 au voisinage de l'île de Nias (nord-ouest de Sumatra).

Le phénomène en lui-même est parfaitement connu: la plaque indienne avance de 60 à 50 mm par an, en moyenne, relativement à la plaque asiatique (60 mm au sud de la faille, 50 au nord).

Mais la mesure d'accidents comme celui de dimanche est une science encore récente. L'Inde n'est équipée d'un observatoire méteo, créé par les Britanniques à Madras, que depuis 1892 et "nous n'avons pas d'équivalent historique connu à ce qui s'est passé dimanche, à part un modeste tsunami en 1881", note M. Taponnier.

Reste la question de la prévention, où des progrès sont possibles. Comme le rappelle Philippe Lognonne, de l'Institut de physique du globe IPG/CNRS de Saint-Maur, les ondes sismiques "se propagent à raison de 3,5 km/seconde soit plus de 10 fois plus vite que l'onde de tsunami, une vague solitaire qui se progage de façon relativement lente, 1.000 km/h, soit la vitesse d'un avion".

"Si à ce jour il n'existe aucun moyen sérieux de prédire et prévenir les séismes, on a le temps d'alerter les populations dans le cas d'un tsunami" souligne-t-il, moyennant naturellement l'existence d'un protocole d'alerte qui fait cruellement défaut dans la zone de l'Océan indien.

"On en revient à des considérations économiques, les protocoles d'alerte sont efficaces dans le Pacifique, là où existent des intérêts économiques américains, et au Japon où on voit même des système d'écluses automatiques", note M. Lognonne.

"Nous avons constaté, par des sondages de la haute atmosphère terrestre, des oscillations de la ionosphère correspondant aux ondes sismiques, et on travaille avec des moyens de télédétection spatiale sur un tsunami consécutif à un récent séisme au Pérou. A terme, nous cherchons à établir des modèles qui permettraient d'atteindre des résultats globaux pour la mesure des tsunami", explique Philippe Lognonne.

Source : AFP